dimanche 23 juillet 2017

1, 2, 3, 4-5, paradis.

Tu me rends heureuse.

Tu me fais sourire jusqu'aux yeux, comme toi qui sourit si pleinement, tu me fais glousser comme une idiote, comme toi qui rit (si fort !) à la moindre blague. Derrière nos vies d'adultes débutants se cachent deux gamins qui jubilent devant un petit chien ou un cornet de glace, et qui rêvent de sauter dans la flaque, pour voir. Comme les gosses qui se sont "coulés" dans cette piscine il y a plus d'un an.

1, 2, 3, soleil. 

On est des enfants avec des rêves de grands, qui pensent encore "quand je serai adulte", et qui espèrent et aspirent à un futur meilleur. Main dans la main, si on a un peu de chance.

"On va essayer de continuer à s'aimer comme ça", tu m'as dit l'autre jour. Parce qu'on est quand même obligés de vivre nos vies de grands, aussi, et que bientôt ça va être le grand chamboulement. Il va falloir s'aimer fort, il va falloir tenir le coup et tenir les promesses, faire mentir les proverbes stupides. On n'a plus l'âge de se cacher dans les jupes de nos mères, mais peut-être qu'on peut décider que tout ça c'est juste un très long jeu de cache-cache. Que si je compte jusqu'à trois...

trois p'tits chats, chats, chats.

Si je te fais un bisous et te laisse partir sans faire de caprice, on dit que tu reviendras et que tu me rendras heureuse, encore ? Juré craché si j'mens j'vais en enfer ?



lundi 13 février 2017

"Bonjour."

J'ai ouvert la porte et tu m'as dit bonjour, avec ce grand sourire qui te mange le visage, comme un enfant à qui on offre un cornet de glace à la fin d'un après midi d'été. Là, sur le pas de la porte, parce que c'était nécessaire, parce que nos yeux brillaient d'envie, on s'est embrassé. Et puis surprise, ils sont arrivés. Les papillons. Des papillons avec leur orchestre perso et leurs hippopotames de poche, entrain de sautiller dans mon ventre comme si c'était la première fois que nos bouches se rencontraient. Ça m'a un peu décontenancée, ça faisait un moment que c'était pas arrivé, alors je t'ai serré un peu plus fort contre moi, pour voir. Poum poum, flap flap, les hippopotames sautent, les papillons volent, ding ding, le joueur de triangle fait son taf.

Ça fait six mois. Un peu moins, un peu plus, je sais plus trop. Six mois à peu près, ça fait presque une demie année de ton rire, de tes yeux qui s'illuminent quand t'es content, de tes blagues nulles, de ta curiosité, de la douceur de ta peau. Je me demande un peu comment j'en suis arrivée là. Il y a quelques mois encore - c'est loin et aussi il y a si peu de temps - j'étais occupée à me faire bringuebaler idiotement et à m'accrocher à des nuits alcoolisées et aujourd'hui je prends le petit déjeuner au lit avec tes grains de beauté en regardant Brooklyn Nine-Nine. Les petites voix chuchotent encore, parfois, des histoires imaginaires, mais elles chuchotent au lieu de hurler. Elles te font de la place. C'est comme une grande respiration. Un bol d'air frais. Un pique-nique dans une prairie. Oui, c'est comme une grande respiration, sauf qu'à chaque fois que j'expire, après, je peux recommencer, et t'es encore là. Je peux fermer les yeux, et t'es encore là. Je peux même carrément dormir, et le lendemain : bam, t'es encore là.

Alors oui, bon, parfois tu me chatouilles, et tu ronfles fort, et tu rigoles quand je boude. Et surtout, tu me forces à me lever le matin quand j'ai vraiment pas envie, et ça c'est vraiment abusé.

Mais après six mois, apparemment, j'ai encore des petits animaux qui s'agitent dans le ventre. Ça n'arrive pas, normalement. Les gens n'ont pas de papillons après six mois. Toi, t'arrives, tu me dis bonjour -


samedi 28 janvier 2017

Les tables aux nappes en toile cirée

Sigulda, 2013.

J'ai fait une carte sur google avec tous les endroits que j'ai visités. Elle est pas très "mondiale", mais je pense qu'on peut dire que j'ai fait mon petit bout de chemin en Europe. J'ai voulu être précise, alors je suis allée fouiller dans des photos pour m'y retrouver : j'étais plus trop sûre des noms des villes. Je nous ai revus, beaux, forts, les yeux plein d'étoiles. Mes souvenirs sont brumeux, parce que - dieu ! - c'était il y a déjà trois ans et demi, mais des bribes me restent, comme si on s'était baladés aujourd'hui même sur cet isthme immense, comme si on avait exploré hier les ruines de cet ancien stade olympique. 

Je suis retombée sur une photo de toi, assis à une table recouverte d'une nappe en toile cirée, dans cette grande pièce froide. Tes yeux bleus qui brillent, les cheveux mouillés qui goutent sur ton front, des restes de pluie coincés dans ta barbe aux reflets roux, le t-shirt détrempé par la pluie qui te colle aux épaules. Ma photo de toi préférée, un de mes souvenirs favoris. Un de ceux que je chéris, dont je prends soin, ceux auxquels je pense régulièrement pour être sûre qu'ils ne s'effacent pas. J'en ai perdu tant, ma mémoire me fait souvent défaut, mais celui-là je veux le garder. Une balade tranquille sur un chemin, en direction d'une grotte, et soudain, la pluie. Raide, presque tiède, elle est arrivée en une minute alors que t'étais en short et moi en petite robe d'été. Je revois la verdure autour de nous et l'eau transpercer ton tshirt rapidement. Courir, vite, s'échapper de cette douche forcée, essayer de trouver cette fichue grotte, rire fort, essayer de ne pas glisser dans la boue qui se forme, protéger les appareils photo, souffler, abandonner la course parce que la grotte est encore trop loin, abandonner l'espoir de rester secs, s'abandonner à la nature, rire encore et être ronchons à la fois. Et puis, trouver la grotte par mégarde, remplie de touristes et un peu décevante. La pluie qui continue à tomber. Rire face à nos dégaines. Partager le bus de touristes français qui acceptent de nous déposer un peu plus haut. Je crois qu'ils nous ont demandé si on était mariés ? Ou fiancés ? On a ri, assis inconfortablement sur les marches à droite du conducteur, avant de les quitter avec de nombreux "merci". Et puis, main dans la main, on s'est réfugiés dans cette petite cantine au charme unique qu'ont les vieux bâtiments datant de l'URSS.

Cette grande pièce froide, avec ses tables aux nappes en toile cirée et ses fleurs de plastique. Ton rire qui résonne presque. Tes beaux yeux lumineux qui regardaient encore, ce jour là, dans la même direction que les miens. 

Parfois je m'emmitoufle dans ce souvenir comme dans un plaid. Juste pour le plaisir. Juste pour que tu me manques un peu. Parce qu'on était beaux. Parce que tout ce qu'on a fait en valait la peine, quoi que tu aies pu en dire, parce qu'on en valait la peine, même si nos chemins ont pris des directions différentes. Ça sentait la fin, déjà, parfois, mais j'avais tant d'amour pour toi. Je t'ai aimé jusqu'au bout, même quand c'était plus assez, et encore plus quand ça se suffisait. Et ce jour là, détrempés mais heureux, toi et moi, c'est tout ce dont je pouvais rêver.


dimanche 1 janvier 2017

Bring it on, 2017.

Je me suis réveillée ce matin de 31 décembre dans un grand lit. J'ai tourné la tête et t'étais à côté de moi. Petite forme fragile ronronnant sous la couette, perdue dans la douceur du sommeil. J'ai souri, satisfaite. Là, maintenant, tout allait bien. Je termine 2016 de la meilleure façon qui soit : en m'étirant à côté d'une amie, d'un des piliers qui font que ma vie tient debout. Dans la chambre d'à côté, j'imagine qu'un autre de mes précieux humains-piliers ouvre les yeux. On peut difficilement en demander plus à un seul jour. Je suis comme dans une douce couverture anti incendie, j'ai un parapluie intégré au dessus de la tête, l'armure de Robocop (en version invisible). Mon petit coeur protégé par les plus beaux êtres.

Et à quelques mètres de ça, les garçons finissent leur nuit. On va tous se trainer jusqu'à la cuisine et partager un petit déjeuner peu energisé avant de récupérer la dernière pièce du puzzle et de terminer l'année en beauté. Mes cinqs petits louveteaux près de moi. Le rire à portée de main. Les câlins à foison. L'amour partout. Prêts à commencer la nouvelle année avec moins d'énergie mais autant de tendresse, probablement entassés sur un canapé à balbutier des bêtises entre deux épisodes de Friends.

Alors, bring it on, 2017. Avec cette portée de chatons à mes côtés rien ne peut vraiment mal aller.

dimanche 20 novembre 2016

Un vendredi matin



T'es allongé à côté de moi dans toute la vulnérabilité du sommeil. Assez en confiance pour avoir, d'un côté, une main sur ma fesse droite, de l'autre, la tête contre mon épaule, la bouche à demi ouverte, laissant libre court aux ronflements. Je suis un peu ronchon parce que j'ai mal dormi, entre le bruit et la lumière, mais je me retourne, te poussant tout doucement pour calmer le petit moteur en toi, et j'aperçois tes grains de beauté. Je me laisse distraire et en oublie les éboueurs qui m'ont réveillée et le soleil qui m'a éblouie. J'ai envie de faire glisser mes doigts sur ces constellations, de les compter comme on compte les moutons, si on voulait se souvenir très bien des moutons et tous leur donner un petit nom. J'ai envie de me blottir contre toi, d'absorber ta sérénité en même temps que ta chaleur, et d'y faire mon nid. Entre tes bras il y a un mélange surprenant de sécurité et d'aventure, de passion et de calme.

Je regarde par la fenêtre et je me dis, on pourrait regarder le ciel bleu de l'hiver ensemble, main dans la main à travers des gants. On pourrait même bien cuisiner un pot-au-feu dans des pulls d'hiver en écoutant Eminem. Qui sait ce que la nouvelle année nous réserve. Mais avec toi je pense bien que j'ai envie de boire du vin chaud et de glisser maladroitement sur le verglas. 

Ma tête dans le creux de ton cou, ta main dans la mienne, je respire ton odeur avec un sourire niais. C'est un beau vendredi matin, et la journée ne fait que commencer. 


dimanche 13 novembre 2016

Go on, take a picture of my heart

Il y a les parties brisées, les parties qui tombent un peu parce que le scotch colle plus trop bien. Les violences à grande échelle, les terreurs enfouies mais constantes, qui sont nées cette dernière année de la haine de gens qui ont oublié d’aimer, et qui bouffent encore, discrètement, des petits morceaux. Comme des mites dans du bois. Comme l’humidité qui décolle le papier peint. Comme, aussi, la peur la nuit dans la rue qui s’atténue mais qui ne me quittera jamais. Et puis les douleurs plus personnelles, qui serrent le coeur régulièrement ou ponctuellement. La peine pour les autres, la fureur de vouloir aider sans le pouvoir. Les gens perdus parce que c’est la vie, les gens oubliés parce qu’on grandit. Mon voisin d’anglais en 5e. Ma meilleure amie. Mon premier amoureux, et mon premier mec. Mon voisin de campagne. Ma prof de français en 4e. Des petites marques sur le coeur qui font des cicatrices plus ou moins guéries.

Il y a les parties qui font du mal mais qui font du bien. Des regards échangés sur « Are you gonna be my girl ». Une photo devant la tour Eiffel. Beaucoup de mots gribouillés à la va vite dans le métro quand mon coeur fait un saut soudain, quand je crois qu’il va pleurer mais qu’en fait il essaye de reprendre son souffle. Tous les mots que vous avez lancés en l’air sans vraiment y penser. Une « situation satisfaisante » pas vraiment satisfaisante, un manque de motivation le matin pour se lever mais l’envie de bien faire la journée. Avoir la tête pleine d’idées et rarement les exploiter. Un peu trop de bières, un peu trop de clopes, pas assez de modération dans les habitudes et aucune dans les émotions.

Mais aujourd’hui, surtout aujourd’hui, pour vous, pour moi : tous les recoins chaleureux, toute la beauté d’une vie ensoleillée, les dédales de sourires et les immensités d’amour. Toutes les terrasses partagées avec eux, toutes les balades dans les parcs, toutes les expos. Les découvertes et les redécouvertes, mon oeil derrière un appareil photo, la force de mes amis, leur courage face à l’adversité, notre façon de survivre et de vivre. Regarder les gens fourmiller sur le parvis de la défense et la lumière se refléter sur les tours, les pauses café et leur apporter des pâtisseries. Oublier les douleurs en terrasse, échanger sur rien et surtout sur tout, attablés autour de verres plus ou moins remplis, marcher dans Paris. Aller en Bretagne et m’émerveiller des couleurs et des oiseaux qui chantent. L’entendre s’endormir en écoutant son souffle, et regarder son dos dans la lumière du matin. Faire des câlins quand on dit bonjour et pas juste se taper la bise, penser à l’odeur des fleurs, allumer une bougie, acheter une 283e guirlande. Profiter autant qu’on peut des gens, se surprendre à les aimer par dessus tout. Janis Joplin et Elvis Presley. Le plaisir d'une bonne série et celui d'une série stupide. Un plaid confortable.
Et puis les gens. Les gens qui restent, et les nouveaux, et ceux qui surprennent. Ceux qui te font des clins d’oeil, ceux qui passent en coup de vent mais qui arrivent quand même à changer ta vie. Ceux que tu vois tous les six mois mais c’est toujours comme si c’était hier. Ceux qui t’offrent leur coeur, et ceux qui t’offrent leur corps. Ceux que tu connais mieux que ton propre appart. Ceux qui t’ont fait (biologiquement et aussi pas biologiquement). Ceux qui choisissent de te faire confiance. Ceux qui choisissent de t’aimer en retour.


A Beautiful MysteryKatie Costello

vendredi 11 novembre 2016

« Comment devenir président de la république ? »

Aujourd'hui, par curiosité, j'ai googlé « comment devenir président »

Y'a ce sentiment de terreur qui s'est engouffré en moi. J'arrive pas à comprendre comment on a pu en arriver là, et comment on a pu rater ça. Comment a-t-on pu être à ce point aveugles, comment a-t-on pu ne pas voir que c'était lui, et pas elle ? Que ce peuple était détruit, qu'il était fatigué, qu'il avait cette violence en lui, ce ras-le-bol à l'extrême ? On est restés dans nos bulles de liberals democrats, nos bulles bien isolées de petits européens modérés. On a regardé de loin en se disant que c'était pas possible sans se rendre compte qu’en réalité on se regardait le nombril. Sauf que c'est ce qui nous attend, n'est-ce pas ? C'est ce qui nous attend. Cette vague de populisme n'est pas propre aux déchirés États-Unis d'Amérique. On l'a vu lors des européennes, on l'a vu lors des municipales. On s’est rués sur les urnes au dernier moment, on a rattrapé le coup de justesse, de si peu. On continue tant bien que mal à se voiler la face, à se dire « la France ouvrira les yeux à temps ».

Mais la pluie est tombée, drue, dure, pendant des mois, des années. Et l'hiver est là. Si proche. On va glisser sur cette plaque de verglas qu'est devenu notre pays et atterrir dans les mains de la haine, de l'intolérance, comme eux. Comme eux, on aura cru avoir assez d'équilibre, assez de force, pour rester debout face à cette déferlante d'idées vicieuses, mais on se retrouvera le cul par terre, à pleurer, incapables de se relever. Et il sera trop tard, parce qu’on se sera dit que ça n’arrive qu’aux autres. Que ça n’arrive pas à La France. Pays des Lumières. Parce qu'on aura pas ouvert les yeux. Mais elle sera là, elle aura son portrait sur le mur, avec ses yeux plein de malice et de fierté. Elle aura les mains sur nos institutions et crachera son venin dans nos esprits. Elle va vomir encore sa violence sur notre patrie et on l'aura laissée faire. 

Tout ça parce qu'on est bloqués. 
Parce qu'on ne sait plus à qui s'adresser. 
Parce que personne ne nous écoute.
Parce qu’on ne sait plus ce qu’on veut et qu’on ne sait plus comment le dire.

À la lecture de cet article - qui m'a fait réaliser qu'en fait, oui, je fais partie d'une élite qui n'est pas forcément la majorité - je me suis demandé qui étaient les français. Que veulent-ils ? Quelles sont leurs aspirations, leurs valeurs, leurs réprimandes et leurs demandes ? Je ne suis plus sûre de rien*, et ça me terrifie, ça me glace le sang. Et si, en fait, mes concitoyens étaient tout aussi emplis de haine et de fatigue que ceux d’outre-atlantique ? Peut-être qu’on n’est pas assez nombreux à vouloir se battre pour ces trois grands mots qui font de la France ce qu’elle est, ou devrait être. Peut-être qu’on n’est pas la majorité à vouloir les faire vibrer, les faire briller.

Tout ça, oui, parce que personne ne nous parle, personne - à part elle - ne prend le temps de se faire entendre, de nous regarder dans les yeux pour dire « eh, je te propose ça. » La place est là, ou elle ne pourrait pas la prendre. Mais personne ne se lance, personne ne fait vraiment entendre sa voix. Tout le monde se parle dessus à un niveau de décibels moyen, comme le bruit de fond d’un bar pas très sympa. On ne distingue plus rien. Tant de brouhaha, et personne pour taper du poing sur la table et dire « Parlons ! Voici ce que je propose ! » Personne pour nous aspirer et nous inspirer, personne pour nous emmener plus loin, vers ce futur meilleur qu’on a un peu oublié de créer. 

Alors aujourd'hui, par curiosité, j'ai googlé  « comment devenir président ». Et après je me suis rappelé que j'étais incapable de parler en public et que je comprends rien à l'économie. En plus j’ai pas la mémoire des dates et je sais jamais pourquoi les jours sont fériés, ce serait trop la honte si on me posait la question.

Alors faites-moi rêver. Que quelqu'un, s'il vous plaît, nous fasse rêver. Avant qu'on se retrouve le cul sur le verglas avec le coccyx pété.



*on a la belle initiative « Génération Quoi ? » qui m’éclaire heureusement sur les désidératas des 18-34 ans et que je vous invite à consulter. Et malheureusement, et comme on l’a vu aux USA, les élections présidentielles ne se jouent pas qu’au vote de la jeunesse.

Exit Polls, NYTimes.com



lundi 7 novembre 2016

Un bout de printemps au mois de novembre

Un jour, j'ai eu peur, et j'ai écrit sur toi. Ça m'a surpris. Ça faisait longtemps, je croyais que c'était oublié. Mais là, soudainement, ce besoin électrique d'écrire. Alors j'ai continué. J'ai continué à écrire sur toi, à te dire 'tu' sur le clavier, à aller chercher les émotions loin pour les mettre autre part que dans ma tête. Parce que c'est facile, ça vient étonnamment tout seul, les mots semblent se déverser presque aussi facilement que j'ai eu les genoux tremblants en te voyant, parfois. Ça m'a rappelé le collège et les nuits passées à gribouiller des poèmes dramatiques sur mon amoureux de 12 ans et demi. Un truc qui venait des tripes et qui est revenu, comme si de rien n'était, un matin de novembre, il y a presque un an. T'as déclenché un truc en moi que je croyais perdu, et c'était juste une phrase d'abord, une petite phrase au début d'un pamphlet sur la violence et le choc, une introduction à quelque chose de bien plus important. Mais c'était la première phrase. J’ai eu envie d’entrelacer mes doigts entre les tiens, et de serrer très fort ta main.

C'était pas arrivé depuis longtemps. Comme l'envie de regarder un garçon autrement. Comme l'envie de plaire. D'essayer. Sans le savoir tu m'as rendu tout ça. Tu es la première phrase et le premier garçon, après une période de dessèchement des émotions. Tu es mon recommencement. C'est beaucoup de pression sur tes épaules mais comme t'es pas au courant je culpabilise pas trop. Le problème, du coup, c'est que tourner la page, écrire pour / à / sur quelqu'un d'autre, ou juste autre chose, ça me chiffonne, ça m'angoisse. J'ai peur de perdre le fil, le truc, ce petit monstre en moi qui fait que j'avance à nouveau. C'est un peu une renaissance piégée : je marche à nouveau, mais impossible de lâcher ta main. J'ai essayé, j'ai trituré les mots, j'ai écrit sur toi et les autres et tout mélangé comme une ratatouille. Sur un coup de tristesse, j'ai fait deux pas sans toi. Mais un an plus tard, je suis toujours coincée avec ce petit bout de printemps, en plein novembre 2015, à te dire tu sur le clavier.


Joliment, ce brouillon traine quelque part depuis un mois maintenant, et je le poste aujourd'hui parce que ça fera un an dans une semaine et que ce soir, ça y est. J'ai écrit autre chose. J'ai écrit la lumière et l'hiver dans des draps neufs. Note à venir.

mercredi 21 septembre 2016

I'm sorry to interrupt, it's just I'm constantly on the cusp of trying to kiss you

Je suis là, tranquille, dans le métro en direction du travail, je joue à 1010! au lieu de lire, et puis soudainement, sans warning, ça me revient. C'est une pensée accidentelle, d'habitude j'essaye d'éviter, mais elle est venue toute seule, appelée par rien d'autre que mon inconscient visiblement peu soucieux de mon bien-être. Je tousse comme si ça allait faire partir l'idée de ma tête, l'espace d'une seconde j'y crois très fort, comme si cette petite quinte allait faire sortir les maux et les images. J'ai la couleur dorée de ta peau dans les yeux, tes mots dans les oreilles. J'ai ta main sur ma peau, tes yeux animés, l'odeur de bière et de sueur, les bruits discrets de l'appartement autour de nous, le bois qui craque, la lumière de cette chambre, tamisée par un t-shirt jeté en vitesse sur la lampe. J'ai oublié la couleur des draps mais j'ai toujours avec moi celle de tes yeux et la longueur de tes cils, le dessin de tes muscles et la douceur de tes lèvres.

Et pourtant, j'ai jamais eu envie que ce soit un vrai truc, un truc qui dure, un truc où t'aurais fini par me susurrer des mots doux. J'avais envie de mots ensorcelants, de gestes sûrs, d'un peu d'affection peut-être, de toi, mais jamais de nous. Et pourtant, il y a cette nuit qui parfois me revient par erreur. Comme un fantôme qui viendrait me rendre visite une fois de temps en temps, comme ça, pour prendre le thé et grignoter des biscottes.



J'ai failli écrire sur l'autre. J'avais commencé à lister ses grains de beauté et à dire les papillons. Seulement j'ai encore du mal à verbaliser les jolies choses. Ça sonne faux et j'ai toujours tendance à y mêler mes états d'âme. Mais j'y arriverai. Je vous dirai comme ça fait du baume aux émotions d'avoir quelques demains en vue.


Do I Wanna Know? Arctic Monkeys 

mercredi 27 juillet 2016

La prochaine fois

T'as dit "faudra le refaire". T'as dit "la prochaine fois".

Et puis rien. Pas d'encore, pas de suite, que des débuts jamais de milieu. Parfois ça me prend encore le corps, quand on rigole, quand je vois une photo passer, quand je me perds dans le dédale de mes pensées. L'espace d'un instant, je me sens trahie, t'as menti, t'avais dit. Ça me reste dans la gorge, et j'essaye de tousser mais rien n'y fait, y'a toujours cette petite gène, ce truc qui finira par partir mais on n'est pas trop sûrs, on se lamente encore beaucoup, on rêve encore un peu. C'est comme une partie de moi, une partie de nous sans qu'il y ait de nous, des hypothèses au passé et au futur, je vis avec, c'est pas si dérangeant finalement, c'est dans une jolie boîte qui s'ouvre parfois avec le vent. J'ai mis la petite boîte avec les autres mais comme elle est sur le dessus, elle est plus propice aux chutes, aux ouvertures accidentelles. Et puis c'est pas si dérangeant finalement. C'est là. C'est rien. Nos regards se croisent. Un mot gentil t'échappe. Rien de nouveau sous le ciel de Paris. Ça n'a jamais empêché de profiter du soleil, de sourire aux garçons, de boire des bières en terrasse ou sur un balcon, d'avoir les cheveux au vent et les lunettes de soleil sur le nez, de swipper à gauche ou à droite "juste pour voir", d'aller ici et là, le cœur en mouvement.

Et ça n'empêche plus (trop) les autres. Il y a ce joli début là, qui me fait de l’œil, qui me sourit, qui m'abreuve de papillons. Alors, oui, c'est con parce que j'avais dit non, ce qui se passe c'est encore des trucs où j'avais dit "j'y vais pas" pour 52,8 raisons variées et tout à fait valables, mais j'y suis quand même. Il m'a fait un bisou furtif dans les cheveux, y'a pas très longtemps, ça m'a fait faiblir au niveau des genoux. Alors j'y suis quand même. Parce que j'avais envie de danser avec lui encore et de voir comment ça faisait de l'embrasser. Du coup je me retrouve là comme une idiote à ne pas vouloir quitter mon lit le matin et à partager mon dentifrice.

Alors je sais pas combien il y en aura, mais là, maintenant, j'ai droit à ma "prochaine fois". Et peut-être que le prochain "tu" lâché ici ne sera pas pour toi (s'il l'est, on survivra).*


* magnifique suite de rimes accidentelles.